Si vous passez au BPS22 cet été, n’oubliez pas de faire le mur…

Chekpoint Charlie, Emilio Lopez Menchero

Quand les collections s’entrecroisent

En marge de l’exposition Chrysalis, qui dévoile une sélection des récentes acquisitions du Musée des Arts contemporains de la Province de Hainaut, Pierre-Olivier Rollin a souhaité adresser un sympathique clin d’œil à l’histoire de Flux News. Une manière de souligner la fin d’un cycle et le début d’un autre.

C’est un honneur d’avoir été invité au BPS22 pour présenter le dernier numéro papier de la revue. Les visiteurs découvriront, durant tout l’été, un impressionnant mur rassemblant les 115 couvertures publiées au cours de près de trente-trois années d’existence. Une aventure éditoriale s’achève ; une autre commence. Comme tant d’autres revues spécialisées, Flux News n’aura pas résisté à la révolution numérique qui a progressivement balayé les derniers bastions de la presse papier. Cette page se tourne néanmoins avec sérénité, portée par le sentiment d’un travail accompli.

La suite de l’aventure se poursuivra en ligne. Articles, archives sonores, vidéos, l’ensemble du fonds sous forme de pdf sera progressivement mis à disposition du public. Un index des auteurs et des textes permettra également de mesurer l’ampleur du travail réalisé depuis les débuts de la revue.

À proximité du bar, le visiteur découvrira ce mur mémoriel ainsi que deux vitrines retraçant l’histoire du journal : photographies, correspondances, lettres d’artistes et témoignages jalonnent ce parcours rétrospectif. On y retrouve également une intervention d’Anna Mancuso, jeune artiste bruxelloise dont le travail a récemment été présenté dans le cadre off de la 61e Biennale de Venise.

Sous le commissariat de Nadège Metzler, les œuvres réunies au sein de l’expo principale Chrysalis, témoignent d’une volonté de créer des passerelles entre les scènes régionales, nationales et internationales. Le parcours révèle des liens avec le Musée de la Photographie de Charleroi, plusieurs galeries bruxelloises, mais surtout une attention constante portée à la vitalité de la création locale.

La visite prend rapidement l’allure d’un boomerang. Il existe en effet de nombreuses correspondances entre l’histoire de Flux News et celle des acquisitions du BPS22. Sans prétendre à l’exhaustivité, relevons quelques œuvres qui retiennent particulièrement l’attention.

Dès l’entrée, Checkpoint Charlie d’Emilio Lopz Menchero impose sa présence. Avec ses sacs de sable et sa guérite militaire, l’installation agit comme un rappel brutal des tensions géopolitiques contemporaines. Elle évoque les frontières, les contrôles, les permissions de circuler. Une réalité que l’artiste a elle-même connue. Cette œuvre réactive également le souvenir de l’exposition No Milk Today présentée à Venise, où Emilio López-Menchero, déguisé en vendeur ambulant, brouillait délibérément les frontières entre le « In » et le « Off », oscillant entre visibilité institutionnelle et présence dans la ville. Tiraillé entre l’envie d’exister dans la ville au contact des « Vucumpra » et l’envie d’être présent en pleine lumière dans les Giardini, le jardin protégé de l’art officiel.

Choisir son camp de jeu, sans trahir ses idéaux , un combat de tous les instants… La problématique de rendre visible l’invisible est ce qui nous poursuivi durant des années.

Cette question de la visibilité traverse également le travail d’Allan Sekula. Dans Regular Dockworker’s Dispatch Board, l’artiste américain met en lumière les mécanismes d’exclusion inhérents aux logiques économiques contemporaines. Le travail humain y apparaît réduit à une abstraction administrative, révélant les limites d’une idéologie moderniste longtemps considérée comme indiscutable.

Le constat se prolonge dans Conversation Piece : Les Minguettes (2017) de Domènec. À partir d’archives télévisées retraçant la démolition d’un vaste ensemble de logements sociaux dans la banlieue lyonnaise, l’artiste interroge la disparition programmée des utopies urbanistiques du XXe siècle. Derrière ces images de destruction se dessine une question fondamentale : que faut-il conserver ? Que faut-il effacer ? Question qui touche directement à la mission du musée et au rôle du conservateur.

Cette réflexion sur la mémoire trouve un écho dans Varosha (2017) de François Martig. L’artiste revisite la cité balnéaire abandonnée de Chypre, figée depuis l’invasion turque de 1974. Architecture suspendue, paysage en attente, territoire fantôme : l’œuvre agit comme un puissant révélateur des cicatrices de l’Histoire.

La matière elle-même devient mémoire dans Mine de rien (2021) de Maxime Van Roy. Cet amas de pierres bleues percées de larges cavités évoque autant l’activité des carriers wallons que les traces laissées par l’extraction sur le territoire. On songe aux interventions d’Emmanuel Dundic sur les livres anciens : même fascination pour la perforation, même dialogue entre disparition et révélation.

Plus loin, la série photographique Glass Ceiling (2014) d’Olivier Cornil retient l’attention. Dans une serre abandonnée, la végétation desséchée semble suspendue dans un état intermédiaire entre vie et disparition. Les formes organiques figées composent un théâtre silencieux où se joue pourtant la promesse d’une renaissance.

Cette attention aux phénomènes de transformation est également au cœur de A is hotter than B (2006) d’Edith Dekyndt. La dissolution lente d’un bloc d’encre gelée produit d’élégantes volutes qui se déploient dans l’espace. L’artiste nous invite à ralentir le regard et à contempler l’infime.

Dans la salle-pont, Lessons of Love (2007) de Hamra Abbas attire immédiatement l’œil. Derrière les couleurs séduisantes et l’apparente légèreté de la scène se déploie une réflexion complexe sur le désir, le pouvoir et la domination. L’arme braquée vers le spectateur introduit une tension qui transforme radicalement la lecture de l’image.

Cette question des règles imposées ou réinventées trouve un prolongement dans The Agreement (2015) de Brognon-Rollin. À Jérusalem, des lignes de terrain de football tracées à la craie témoignent de la capacité des individus à adapter les règles aux contraintes du réel. Une démarche qui n’est pas sans rappeler certaines interventions artistiques menées dans les espaces publics vénitiens lors d’expositions off aujourd’hui disparues.

Il serait tentant de poursuivre ce jeu de correspondances à travers l’ensemble du parcours. Mais toute exposition mérite aussi sa part de découverte personnelle. Chacun pourra y tracer ses propres lignes, établir ses propres rapprochements, inventer ses propres récits.

Et si, au détour du parcours, vos pas vous conduisent vers le podium situé près du bar, prenez le temps de vous arrêter : une surprise vous y attend.

Bonne visite.

Lino Polegato

Chrysalis: 06.06 > 30.08.2026


A épingler: jeu. 25.06

En Palestine (2002-2022)

Rencontre apéro avec l’artiste photographe Véronique Vercheval

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