Dervaux, au cœur de notre corps, au vif de la vie

Laurence Dervaux, BPS22

Synthèse de l’expo fascinante que lui avait offerte le BPS22, un livre-catalogue agrémenté de photos gorgées de sang lumineux que signent des photographes habités par la finesse du moindre détail : Nathalie Amand, Bruno Lestarquit, Philippe Henneuse et quelques autres. Ainsi l’image restitue-t-elle la minutie du travail d’une plasticienne à l’affût permanent des moindres palpitations de ce que Catherine Henquinet baptise « parcours déambulatoire au cœur de l’être ». 

Le corps contient notre vie. Chez Dervaux, il est omniprésent dans son œuvre. Mais jamais il n’est représenté de l’extérieur comme il le serait via un dessin, une peinture, une photographie, une séquence filmée. Il est affirmé en tant qu’élément vivant.

Cependant nullement didactique comme ce serait le cas dans une démarche scientifique ou pédagogique d’explication, de transmission de connaissances. Les innombrables récipients en verre qui symbolisent  des réalités physiques n’en sont pas pour autant réalistes. Ils ont été assemblés dans un espace muséal afin de nous rendre sensibles à ce qui se passe à l’intérieur de notre enveloppe charnelle. C’est bien des émotions, des sensations qu’il s’agit d’appréhender.

L’ensemble des éléments corporels, internes ou externes, est soigneusement structuré comme le serait une sculpture. Il laisse à penser qu’il est aussi précaire, fragile, vulnérable. Après les liquides qui irriguent l’organisme, voici les os qui soutiennent. Ils se présentent un peu bijoux, un crâne se voit rehaussé d’or et son activité se manifeste par des jets de lumière. La fragilité, la précarité, la mort donc, c’est la vidéo répétitive d’un récipient empli de sang qui se fracasse, se fracasse, se fracasse.

Ainsi que conclut le texte de ce catalogue : « Le va-et-vient entre la vie et la mort, la présence et l’absence, sont les éléments constitutifs du travail de Dervaux ». Grâce à une description concise de chaque œuvre par Nancy Casielles, tout le monde prendra conscience de la préciosité du façonnage de la moindre des pièces crées aussi bien que de la rigueur qui aident à pénétrer intellectuellement dans sa finalité. Le rôle des illustrations photographiques est de traduire vraiment à la fois la beauté formelle et la signification symbolique. Laurence Dervaux appartient à cette rare catégorie de créateurs qui parviennent à rendre l’invisible visible.

Michel Voiturier

Pierre-Olivier Rolin, Catherine Henquinet, Nancy Casielle, «Laurence Dervaux», Charleroi, BPS22/Caïd, 300 p. (50€).

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