(Texte rédigé sans recours à l’IA)
Mêler l’art contemporain au patrimoine interne de l’ancien « Hôpital de Notre-Dame-à-la-Rose » permet à l’équipe du musée lessinois d’aborder une thématique qui touche à la fois à la modernité artistique, à une conception particulière de la gynécologie en tant que pratique médicale et en tant que réalité sociologique de la manière de traiter les femmes dans une civilisation européenne patriarcale.
Tout cela tient dans le titre dévolu à cette exposition : « Les deux pieds sur les étriers ». Lorsque l’expression est utilisée au singulier, mettre le pied de quelqu’un à l’étrier signifie : l’aider, lui permettre de gravir un premier échelon avant d’aller plus haut. Mais lors d’un examen gynécologique, la patiente est invitée à mettre les pieds sur deux étriers. Ce qui la contraint à prendre une position corporelle qui expose en une sorte de panoramique obligé ses parties les plus intimes et la soumet à une immobilité provisoire proche de la soumission. Médicalement parlant, c’est sans doute une posture pratique. Psychologiquement, c’est un moment à subir avec une gêne quasi inévitable.
Les plasticiens invités par Adèle Santocono, responsable des arts plastique de la province de Hainaut, se sont donc intéressés à la femme à partir des sensations que l’art est susceptible de proposer pour exprimer des perceptions qui ne cessent d’alimenter le débat depuis le célèbre tableau de Courbet « L’Origine du Monde » (1866). Comme le signale un explicite carnet de visite, cette fois, les visiteurs sont confrontés non plus à un patrimoine mais à un véritable matrimoine. Certaines œuvres sont intégrées aux objets muséaux permanents de la salle des malades et réclament une attention particulière pour les repérer. D’autres sont réunies dans un espace réservé à portée directe du regard.
Préambule hospitalier
La chapelle donne le ton. Y est suspendue, une bannière signée Giuseppe Arnone. Elle arbore de manière stylisée les organes féminins dans une mandorle, ovale traditionnel des imageries anciennes. Cette exhibition offre ainsi la vision extériorisée des trompes utérines, rassemblant en une seule image à la fois sexualité et maternité.

Dans la salle des malades, Romina Remmo a sculpté délicatement en fils de soie un papillomavirus responsable de la transmission d’une maladie sexuelle. Une photo, « Fil rouge », d’un bouton remis en sa boutonnière symbolise une pratique chirurgicale courante après accouchement. Ailleurs dans le musée, un autre cliché rassemble des instruments coupants et piquants qui, bien qu’étant ceux d’une couturière, rappellent ceux du chirurgien. Avec une intention similaire, la créatrice propose aussi des crochets de boucherie ornementés de dentelle, allusion ironique aux accessoires médicaux.

En rappel de ces mêmes instruments, Johanna Santamaria réunit une mèche de perceuse et de la broderie, Presque invisible tant sa matière se confond avec des pièces muséales, une tablette offre une bobine au fil entremêlé face à un soldat miniature montant la garde, sorte de fable à décoder. En un autre lieu, elle a gravé sur un cadran d’horloge un texte concernant les peurs d’accepter ou refuser une maternité en fonction de l’horloge biologique des femmes. Une photo « Main baladeuse » suppose le décodage analogique entre corps et chatière.
Support pour nouvelle fable que la photo d’une mangeuse nue de pelote rouge. Reste encore à imaginer le rapport entre des craies de couleurs d’apparence phallique avec des jeux enfantins et l’écrit d’injonctions comminatoires.
En une sorte de refrain répétitif, Vany Verdelli a dispersé, saupoudré pourrait-on dire, des parodies éphémères de pâtisseries en gélatine rouge baptisée « DesserVie ». Tout en allusion au sang menstruel ou autre, ces sculptures disent une forme de sensualité, prennent parfois des apparences très corporelles. Leur coloration tranche avec la rigidité sévère de l’environnement hospitalier du lieu. Ailleurs dans le musée, elle alignera en même matière des statuettes de madones dérisoires. C’est par une vidéo que Karine Marenne désire sensibiliser à la froideur glaçante de certains instruments. Elle s’empare de forceps, speculum, curette, pipelle… avec délicatesse avant de les lâcher sur le sol provoquant un bruit percutant. Elle impose, sur un des voiles protégeant l’intimité des alités, une présence hiératique. À travers un casque de moto customisé, Maxence Mathieu évoque la science et la fiction, la rigueur et le foisonnement.
À foison dans une intimité visitée
Dans l’ancienne grange, voici une vidéo d’Alessandra Pirronitto. « Intrusion » est explicite. Elle révèle, derrière l’analogie d’une manipulation de baudruches, un ressenti corporel violent. Les collages réalisés par Emelyne Duval rappellent la propension scientifique à quantifier, mesurer. Les lithographies écarlates imprimées par Camille Dufour se réfèrent aux plantes médicinales du jardin qui jouxte le musée ; elles affichent aussi des corps ordinaires dont l’empreinte brute n’a que faire des critères de mode.

Fanny Alet associe photo, dessin et collage, les agrémente aussi de mots. Pousse parfois l’ironie jusqu’à prendre en guise de support des… ordonnances médicales. Le corporel, ici, suscite imaginaire, mystère, curiosité, interrogations. La photographe Nathalie Amand excelle dans la poétisation de l’érotisme. Elle présente aussi des moulages précieux proche s de bijoux qui ramènent à Courbet. Victoria Lepourcq aussi. Sa série de vulves en céramique prend des allures de catalogue ; d’autant que chacune est sous-titrée par un des nombreux synonymes que comporte la langue française.
Priscilla Beccari associant corps de femme et signalisation du code de la route rappelle l’interdit. Durant une vidéo, elle harangue une conférence sur le choix d’enfanter ou pas. Via une autre, coiffée d’une couronne d’épines, elle joue la déesse en reconquête de sa corporéité.
Chiara Bambusa en réminiscence avec le sang versé de la défloration attestée jadis étale une bannière à slogan. Et c’est Maxence Mathieu qui clôture cette exposition interpellante par un ultime retour spectaculaire à Courbet. De quoi modifier le regard des mecs ; éclairer le questionnement des femmes.
Michel Voiturier
« Les deux pieds sur les étriers », Musée de l’Hôpital Notre-Dame-à-la-Rose, Place Alix de Rosoit à Lessines jusqu’au 28 novembre 2026. Infos : +32(0)68 33 24 03 ou www.notredmamealarose
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