Le parcours de Gabriel Belgeonne (Gerpinnes, 1935) est alternance entre peinture et gravure. La première est à l’origine et se retrouve féconde aujourd’hui. La seconde s’intercale entre et se compose, outre des créations en solo, d’œuvres imprimées partenaires d’une littérature poétique. Même si les débuts conservent des allusions à des rappels proches de la figuration (comme le motif de la coquille), toujours, il s’agira de « faire signe », de « donner à voir ».
Ce parcours anthologique a donc des allures de rétrospective. Il illustre les manières dont l’artiste a fait usage du signe. On y découvre à la fois les prémices informatives et la réalité significative de la jeunesse ; puis quête obstinée d’une simultanéité entre forme et sens. Sorte d’information scripturale d’un langage inconnu appartenant à un idiome indéchiffré jouant auprès de ses lecteurs le rôle d’une pierre de Rosette pour des Champollion potentiels.
Lorsqu’il s’agit de livres d’artiste, en connivence entre poète et plasticien, la traduction nous est donnée. Peu importe que le mot ait précédé peinture et gravure ou que, au contraire, celle-ci ait engendré les vocables poétiques de Gaspard Hons, Yves Namur, Eric Brogniet… Quelle que soit l’hypothèse, le résultat se concrétise en fusion parfaite entre le visuel et l’intellectuel, entre l’émotionnel et le rationnel.
Lorsqu’il s’agit de toiles, il est question pour Belgeonne d’habiter un espace vierge en le dotant d’éléments graphiques. Fréquemment, la partie haute est investie par une succession de signes dont l’agencement rappelle celle de mots composant une phrase ordinaire alignant ses sujet-verbe-compléments. Ce que résume parfaitement le titre donné à cette exposition dinantaise : «Promenade de signes »
D’autres titres d’ailleurs conviendraient aisément : « Reconnaissance codée », « Paroles silencieuses » ou « Au gré de l’intuition » Les repères rassurants (formes rappelant le familier comme certaines lettres de notre alphabet) sont quelquefois présents sans ostentation. Ce sont des leurres perdus au sein de présences aqueuses, brumeuses, géographiques, planétaires, galactiques. Car l’essentiel est en priorité un monde restreint, territoire plus ou moins compact, attesté en noir sur l’immaculé d’un vide qui s’imaginerait volontiers comme infini. Ce qui se perçoit est dès lors est une palpitation, un grouillement témoins d’une vitalité interne, paradoxalement immobile et vivant au sein d’un endroit déserté, équivalant négatif de la notion de trou noir.
L’occasion est ici offerte au public de découvrir également la minutie, la précision typographique des livres d’artistes réalisés par le Belgeonne, maître des éditions Tandem. Chacun est un objet précieux tant par le choix des papiers, des caractères d’imprimerie, de la mise en page, des encres colorées que des textes sélectionnés. C’est encore l’endroit de mesurer l’apport imprimé à la connaissance de l’art actuel grâce à des séries d’essais comme « Conversation avec » dans lesquelles un artiste dialogue en toute liberté avec un autre artiste ou un critique d’art (Marie-Jo Lafontaine/Guidino Gosselin ; Pierre Soulages ou Ernest Pignon Ernest/Roger Pierre Turine ; Aimé Mpane/Eddy Devolder ; Jo Delahaut/Ignace Vandevivere…).
Michel Voiturier
En la galerie Wéry, rue Grande 55 à Dinant jusqu’au 10 mai 2026 les samedi et dimanche. Sur rendez-vous : 0473 65 03 48.
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