SENEFFE Aérons l’art

Une ziggourat de Fauville dans la jungle hainuyère (c) FN.MV

Le Domaine de Seneffe offre un parc remarquable. Sa superficie diversifiée se prête à l’accueil de sculptures susceptibles de s’intégrer au paysage, de contraster avec la nature, de dialoguer avec l’espace. Après, entre autres, « Roulin »,  « Code(s) et couleur(s) », « Voyageurs »,  « Forme I Bois », « Mondes hybrides »…, voici, pour reprendre le titre d’un des plus célèbres poèmes de Baudelaire : une « invitation au voyage ».

Ce parcours commence par une pénétration dans le temps, l’histoire de l’art. Quentin Rivage invite à traverser un tableau suggéré par un encadrement doré à l’ancienne, à passer par la solennité de deux tentures de velours rouge celles du théâtre mais aussi celles d’une certaine censure lorsque, dans un musée, des créations sont dissimulées parce que susceptibles de choquer en s’attaquant aux tabous entretenus par le conservatisme majoritaire des citoyens. En effet, le visiteur s’approche d’une sculpture en bois, un tronc dont l’allure est celle d’un corps de femme.

Mi-brut, mi-travaillé, il porte le nom d’un tableau de Courbet, baptisé « L’Origine du monde », longtemps conservé clandestinement puisque représentant un sexe féminin. Dans son pastiche épuré, le sculpteur mise sur le pouvoir évocateur des formes. Il nous rappelle ainsi que ce qui dérangeait sur toile était son réalisme minutieux alors  qu’ici la provocation, tout en restant la même en son concept, semble plus supportable. Notre société a récemment connu cette réalité avec les réactions rétrogrades d’adultes s’insurgeant contre des cours d’informations sexuelles mis au programme des écoles.

Pierre-Alexandre Rémy a déroulé le trajet de sa première promenade à travers le parc du domaine, reproduite en acier coloré et suspendue dans entre des arbres, entre ciel et terre, comme en lévitation dans la mémoire du souvenir de celui qui a marché. Manière poétique de concrétiser une promenade autrement que par une trace dessinée sur une carte ou un plan. Une mémoire dont s’empare Caroline Van Assche. Elle a conçu un personnage à taille humaine, porteur d’un sac à dos : femme constituée par un assemblage de ‘tissu miroir’, intemporelle bien qu’ayant l’allure d’une dame d’autrefois en robe longue. Elle avance sur un plan d’eau qui réverbère sa silhouette, tandis que l’habit reflète l’environnement comme le cerveau enregistre un souvenir pour le restituer ultérieurement, sorte de mise en abyme du vécu avec le retenu.

Voici, installé dans l’eau, un cygne sculpté sur bois. L’oiseau est migrateur. L’œuvre de Hoze est réaliste. Et son intérêt plastique se perçoit, certes à travers son envergure imposante, mais  aussi grâce aux lignes qui, incisées dans la matière, forment en parallèles des sortes de remous reliant l’animal avec le domaine aquatique, lieu préféré de son existence.

Les sculptures de Daniel Fauville formentun parcours particulier. Un bateau, échoué contre la berge, mène à une série de ziggourats, de tours, de constructions que la rouille de l’acier corten ramène vers une cité archéologique fantôme au sein d’une végétation locale en train de l’envahir. Ici, de même qu’avec les portes des jardins suspendus de Thuin qu’il a conçues, le contraste entre fer massif des architectures et éphémère apparent du végétal crée une atmosphère de cités antédiluviennes pour archéologues en mal d‘aventures imaginaires. Un imaginaire qu’il est possible de méditer au sein de la rieuse cabane polychrome en bandes textiles suspendues et au sein de laquelle Elsa Tomkoviak suggère de s’isoler un moment pour rêver que, peut-être, « le vent l’emportera », et qu’ainsi le voyage se poursuivra mi en rêve, mi en enjambées.

Michel Voiturier

Parcours gratuit permanent jusqu’au 11 novembre 2024 au Domaine du Château, rue Plasman 7 à Seneffe. Info : https://chateaudeseneffe.be/fr

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