Flux News #87

Edito

Avant toute chose, je tiens à souhaiter à tous nos lecteurs une magnifique année 2022 pleine de découvertes et plus heureuse que celle qui vient de se terminer marquée notamment par les inondations de l’été. Même si les médias n’en parlent plus, je sais que pas mal d’artistes ont perdu beaucoup dans la catastrophe.  Comme en témoigne l’image de couverture, il sera beaucoup question d’immersif dans ce numéro 87.

Au premier regard, la photo d’Alexandre Christiaens présente une mer démontée, ensuite se distingue la montagne qui semble traverser la mer. Les deux images entrelacées nous donnent cette image unique.  La montagne dans la mer ou l’inverse ? C’est selon.  L’un c’est l’autre, troublante perte d’identité quête d’universalisme.  Retrouver le sens des choses en se fondant dans l’autre serait aujourd’hui le message donné par l’art, face à un monde déboussolé par ces vagues successives de replis vers soi ? C’est une des voies possibles mais il y en a d’autres.  

Dans les pages de ce journal, vous découvrirez beaucoup de focalisations de poètes, orfèvres des petits riens. Je pense en premier à Marianne Berenhaut, que l’on sacralise aujourd’hui dans le nord du pays par deux expositions importantes et par des achats de la communauté flamande.  Nous lui consacrons avec Pascale Viscardy deux pages dans ce numéro.  Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour que son talent soit enfin reconnu? Le fait qu’elle soit reprise aujourd’hui dans une galerie bruxelloise d’envergure ne doit pas être étranger à ce changement d’attention à son égard.  Jean-Georges Massart est un autre poète des petits riens, complètement oublié des carrefours glorieux de l’art belge et international.  Il vient de nous quitter ce 18 janvier 2022.  Ce poète glaneur aimait récolter l’osier et le sureau. Il s’en servait pour créer de subtiles compositions, fins arcs s’élançant dans l’espace.  Ses constructions minimalistes sont d’une simplicité à couper le souffle et leur fragilité nous parle directement au coeur.  Qui aura le courage de remettre de l’éclairage sur son oeuvre immense ? Dans ce numéro, figurent sa dernière interview et le texte que Catherine Barsics lui a consacré.  Sans rien connaître sur l’artiste, lors de sa visite d’exposition la poétesse a été traversée par une fulgurante envie d’écriture. La confrontation directe à l’art est souvent le résultat d’une expérimentation sensorielle, une invitation à laisser parler son corps, siège des émotions et à se laisser un peu moins guider par le mental qui peut parfois parasiter ou paralyser nos capacités d’entrer en communion avec l’oeuvre.  Les psychorigides de la pose parfaite du clou d’accrochage sont souvent handicapés par cette approche.  Le lâcher-prise fait partie de la voie royale qui nous fait grimper d’une marche et voir la vie autrement.  L’exposition Dans un Pli du temps répond à cette approche. Ci-dessous, Véronique Bergen nous parle de cette expérience de la durée qui nous ouvre les portes de la perception, “cette lenteur que la société contemporaine a assassinée” nous rappelle l’auteure. Aux antipodes de cette approche sensible, nous avons aujourd’hui la mode des expositions immersives grand public infantilisant le rapport à l’image.

Mais passons, restons dans l’art… 
Dans son interview, Werner Moron nous rappelle que lorsque cela dysfonctionne, nous sommes en plein dans l’art. J’adhère complètement à sa théorie. L’art ou ce qu’il en reste aujourd’hui n’est rendu possible qu’à travers des tentatives isolées, de surcroît très peu médiatisées. Vous en découvrirez quelques-unes au sein de ce journal. Je retiens l’action très poétique de Kurt Abel, un artiste fluxus,  originaire d’Aix-la-Chapelle. Un matin, le 21/12, il débarque inopinément à mon domicile et il réussit, un peu contre mon gré, à m’embarquer dans son trip dédié à Jacques Lizène.  Son jeu consistait à pénétrer dans le musée de la Boverie pour y installer dans la rotonde son installation hommage. Kurt Abel a finalement réussi son coup et l’installation a pu exister durant une semaine.  Le deuxième acte du rituel s’est déroulé à l’extérieur du musée, au bord du fleuve. C’est la partie la plus poétique. Elle est à découvrir sur YouTube.  L’Art est plus que jamais vivant en ce début d’année, on peut s’en réjouir.

Sommaire

2  Édito. Dans un Pli du temps, exposition au Musée Art et Marges, un texte de Veronique Bergen
5 Un Hommage à Lawrence Weiner par Luk Lambrecht.
6 Triadic Memories, une expo de Roel Goussey au Centre culturel d’Oyou, Grand Marchin, un texte de Judith Kazmierczak 
8  « Paul Klee entre-mondes » au LAM, un texte de Michel Voiturier.
9   Patrice Verhofstadt et ses collectionneurs, une interview de Dominique Thirion. Exposition hommage à Alain Geronnez, un texte d’Yves Depelsenaire.
10/11   Interview de Katleen Vermeir et Ronny Heiremans par Pascale Viscardy
14/15 Entretien croisé entre  Marianne Berenhaut, Nadine Plateau et Pascale Viscardy
16 Une interview de Werner Moron par Lino Polegato
17 « Zona imaginaria » Residence de Samuel Dippolito à Buenos Aires, un texte de Celine Eloy.
18/19 Double page centrale: une photo d’Alexandre Christiaens
20  “Entre ciel et mer” un texte de Pierre Yves Desaive sur Alexandre Christiaens. Ecrits de l’artiste sur sa résidence au Chili.
21 « Ecrire, c’est dessiner. D’après une idée d’Etel Adnan » au Centre Pompidou-Metz, un texte d’Alain Delaunoy. Recensement d’une performance de Kurt Abel en hommage à Jacques Lizène.
22  Musée de Mariemont. “Sous le soleil de Mithra” , un recensement de l’expo par Lino Polegato. La fondation Boghossian nous propose en partenariat avec le Centre Pompidou une exposition autour de l’art libanais contemporain. Un texte de Michel Clerbois.
23 Expo Sol LeWitt au musée Juif de Bruxelles, un recensement de Colette Dubois.
24   “A voyage into the Moon”, Mira Sanders & Cédric Noël , un texte de Clementine Davin.
25  Exposition de Catherine Versé à la A.galerie, un texte de Philippe Dewolf. Présentation de la future expo d’Aline Bouvy au MACS par Vandi Makubikua  
26 Le dernier entretien de Jean-Georges Massart accordé à Lino Polegato dans le cadre de son exposition à la galerie Flux. Traversée. Présentation d’un texte inédit de Catherine Barsics sur l’exposition de Jean-Georges Massart. 
28/29 Rebecca Howe Quaytman expose au Wiels, Louis Annecourt nous offre ses impressions sur son travail.
30  Sortie Livre. Colette Thomas, Testament de la fille morte, un texte de Veronique Bergen.
31  Sortie Livre. Les Monts Analogues de René Daumal, un texte de Veronique Bergen.
32/33 Une exposition “inédite” de Danh Vō à Bruxelles un essai de Jena Tausen
34  Expo collective. Une visite au FRAC Grand Large avec Michel Couturier
35 La Vie Tombée, un texte d’Aldo Guillaume Turin sur Arthur Rimbaud

Lino Polegato

1 Comment

  1. Merci d’avoir partagé la video de l’action poétique de Kurt Abel à Jacques Lizène. Très beau.
    La Meuse comme l’Achéron ou le Gange.

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