FRAC PACA Marseille. La peinture avant tout : Adrian Schiess

Adrian Schiess, Une vue du plateau 1 rassemblant peintures, monochromes, photos ©FRAC PACA

Pas loin du Vieux port de Marseille, le FRAC s’est installé dans le quartier de la Joliette en 2013 où il a inséré un bâtiment signé Kengo Kuma, dont la façade en ‘écailles’ de verre non teinté s’avère interrogation à propos de la lumière. Ses espaces intérieurs et ses terrasses donnant sur la ville lui confèrent un statut particulier tant pour les citoyens que les artistes invités.

Adrian Schiess (Zurich, 1959) s’adonne à la couleur. Comme en témoigne des assemblements de vingt années de créations. Même s’il photographie et filme, c’est un porte-parole de la peinture, celle dont on affirme périodiquement qu’elle est morte, qu’elle a tout dit. Celle qui ressuscite chaque fois sous des avatars un peu différents.

Elle est ici lumière qui « est condition du visible »  et coloris, liens visuels d’une recherche des éléments qui relient la nature et l’homme. Non point par le classique paysage mais en tentant, comme l’affirme Pascal Neveux, «de dépasser la grammaire de la peinture pour mieux faire exister la couleur, en se libérant de la touche ou même du style ».

Ses monochromes laqués sont à percevoir en fonction de ce qui s’y reflète. Ils ne sont pas comme ceux de Marthe Wéry (1968-2000), par exemple, qui estimait que son travail était « un moyen de penser ». Ils sont plutôt chez Schiess des moyens de ressentir.  Ils s’essaient à témoigner du temps, de la matérialisation sur panneau de bois ou d’alu de la durée qu’il a fallu pour les réaliser, de l’extraction d’une période détachée de l’existence de celui qui la produit.

Chacun, installé sur le sol, se laisse regarder en fonction des échos que la lumière extérieure produit sur lui, en fonction du reflet de qui les regarde et de l’architecture du lieu qui l’accueille. Leur multiplication a des allures d’envahissement, a l’aspect d’une association géométrique concertée. Le lieu, désormais, n’a plus d’autre fonction que de les mettre en valeur, de dialoguer avec eux. Comme si, paradoxalement, des portions représentant du vide avaient pour objectif de matérialiser du plein.

La suite nous mène au-delà d’un art qu’on aurait tendance à qualifier de conceptuel. L’évolution picturale récente d’Adrian Schiess rejoint de manière plus directe les perceptions avec la nature. De loin, certaines sembleraient avoir un rapport avec la manière dont travaillait Simon Hantaï (1922-2008) : toiles pliées, froissées, roulées. Il n’en est rien.

Ces paysages monumentaux, parfois peints sur gaze, mis ensemble, présentés comme des séries, constituent finalement une installation imposante à travers laquelle il convient de déambuler comme au milieu d’un foisonnement végétal. Des toiles sont accrochées aux murs ; d’autres sont associées, soit accolées, soit étalées au sol, accompagnées ou non de quelques monochromes, de photos géantes retravaillées.

Allusives plutôt qu’abstraites, les compositions de Schiess viennent solliciter le regard pour qu’il y retrouve l’essence même de ce qu’est la nature qui nous environne. Ce n’est pas qu’il faille reconnaître un arbre ou un accident géographique, identifier une fleur ou un bosquet, distinguer un minerai d’une plante. Tout cela s’y trouve brassé, malaxé, synthétisé par un travail pictural intense. Qui serait héritier de ces huit mètres de « Nymphéas » de Monet exposés au Moma de New-York.

Il convient de bannir tout effort intellectuel pour aborder cet artiste. Il suffit d’atteindre un stade suffisant de disponibilité pour se laisser imprégner par ce qu’il montre. Il amène le regard à se glisser entre les formes, les traits, les couleurs. Peut-être aussi l’odorat, l’ouïe, le toucher suivront-ils ces propositions à percevoir le monde d’une autre manière. En quelque sorte, une concrétisation du sensoriel plutôt qu’une reproduction du visuel.

Michel Voiturier

FRAC PACA, 20, boulevard de Dunkerque à Marseille jusqu’au 30 août. Infos : 0491 91 27 55 ou http://www.fracpaca.org/

Catalogue : Denys Zacharopoulos, Pascal Neveux, Ulrich Loock,  « Adrian Schiess Un discours sur la Peinture », Marseille/Arles, FRAC PACA/Analogues, 2014, 208 p.

 

 

 

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