SPECTRE

Benoit Jacquemin Ville, 230 cm sur 150 cm par 66 cm Mdf Néon plexiglas acier Béton, 2018

Artefacts de pratique populaire, architectures fictives, matériaux décontextualisés…

Dans le Museum du Botanique, sept sculptrices et sculpteurs réinterprètent la matière sous le spectre de leur sensibilité et de leur rapport à un monde chaotique. Entre déglingue et résistance.

« Le spectre offre un point de vue, on aborde des questions sous le spectre politique ou religieux… Un spectre est aussi un objet fantomatique, inquiétant », pointe Lola Meotti, co-curatrice de l’exposition. Le choix des oeuvres et des artistes s’est ici opéré autour d’objets ou d’architectures « chaque fois malmenées, monstrueuses », auxquel.le.s la scénographie, voulue théâtrale, se réfère.

L’ atmosphère est austère, voire oppressante, renforcée pas les matériaux: béton, briques, bois foncé, mdf noir… A l’image d’un quotidien sombre, qui appelle au conformisme ou à l’inverse, à la résistance.

Titillant l’habitat et l’urbanité contemporains, également le confinement, le Réclusoir en briques d’Amélie Scotta renvoie à l’idée d’enfermement volontaire et au petit édifice clos dans lequel résidaient les pénitentes au Moyen-âge. « Les ouvertures fenestrées sont le seul lien vers l’extérieur. Il s’agit d’une architecture ultra-rudimentaire, réalisée à partir de 500 briques et si étroite que l’on peut juste y rester debout, ni s’asseoir ni s’allonger. Un abri qui protège, mais où l’on ne peut vivre ».

Conçue comme un labyrinthe de 41 isoloirs ou abris presque tout aussi claustrophobiques, l’installation Shooting Booths de Charlotte Lavandier « finit en cul de sac car j’invite à se frayer un chemin qui va se refermer sur chacun.e, comme les arcanes de la démocratie, souligne l’artiste. Chaque personne est un électeur potentiel. L’apport de lumière est une manière d’interroger les shows télévisés, le spectacle politique et la manière dont ils influencent les choix ». La symbolique du miroir est également omniprésente dans ce travail. Le tout, plaçant le visiteur dans une forme d’ inconfort physique et/ou mental, qui contraint en douceur au positionnement.

Troublé par un monde de plus en plus digitalisé, le photographe Benoit Jacquemin associe l’image à la matière et à la matérialité, et s’inspire de lieux et architectures cultes historiques pour créer des oeuvres selon des procédés propres. La maquette Ville, conçue à Palerme, s’ancre dans une série axée sur des symboles de puissance dans l’architecture -escaliers, colonnes, arches, dômes…- développée au Maroc, au Sénégal et en Roumanie. « Dans ces maquettes, je crée un lien entre architecture de la débrouille, de l’urgence et ces cités totalitaires voulues ‘idéales’ ».

Tensions physiques

Convoquant également des images et gravures du passé, le triptyque Effraie(s) de Lucie Lanzini repose sur un jeu de découpe de trois panneaux dans du bois marqueté, où  apparaît une silhouette de rapace, inspirée des chouettes jadis clouées sur des portes de grange pour éloigner le Malin. « Le rapport est assez frontal et physique avec chaque silhouette. Le traitement ton sur ton fait disparaître l’oiseau, comme si celui-ci se fondait littéralement dans la matière mais il nous apparaît également si notre regard se pose sur la pièce, générant un aller et retour fantomatique entre apparition et disparition ».

De son côté, Alexandra Leyre Mein crée des personnages hybrides sculptés dans la masse, entre « mouvement, stabilité, émotions et tensions ». Le plus souvent soumis à la vulnérabilité, à la violence, à la mort. Des sculptures minérales fluides à l’aspect inachevé ou décomposé, comme Débâcle II, façonnée en 2012 puis coupée en deux six ans plus tard. Il est ici question de l’être pris dans le tourbillon de la guerre, des émotions et des contradictions.

Enfin, deux oeuvres de composition se jouent du sens que l’observateur peut leur conférer. Maniant les matériaux pauvres et bruts, Jonathan De Winter présente un mobilier de show-room qui traverse l’espace, monumental, s’apparente à une forêt et pourtant, son équilibre semble précaire, instable. Au travers d’une Vitrine/Piège – à souris ou à humains? – Lionel Pennings aborde également les dispositifs produits par l’humain parfois couplés à l’ absurdité, et la fragilité du matériau.

Tandis que le spectre de l’étrangeté n’est jamais très loin.

Catherine Callico

Spectre, jusqu’au 07/08/22, www.botanique.be

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