Burton, focale braquée sur l’humain

Un des monarques locaux de la série " L'allée des Rois" posant en majesté © Jean-Dominique Burton

La quête fondamentale de Jean-Dominique Burton (Huy, 1952) se focalise sur l’être humain. Son choix de privilégier les rapports de personne à personne se lit au premier regard. Il réalise donc des portraits souvent en intégrant ou en faisant allusion à un objet lié à l’existence de l’ individu.

Intrigants, les premiers portraits s’attachent à des visages féminins, séparés de nous par une vitre constellée de gouttes d’eau, tenue en mains par les modèles. Ainsi, nous les observons à travers la glace du cadre dans lequel leur image est celle de quelqu’un nous regardant à son tour en train de les regarder. Une façon de nous rappeler qu’un cliché photographique n’est pas le réel mais bien sa reproduction.

Au cours d’un demi siècle de périples à travers différentes régions, Burton semble se comporter en reporter ou en ethnologue. Cette seconde option lui convient assez. Sa démarche n’est pas strictement documentaire. Elle serait plutôt d’analyste décodeur qui nous offre matière à réfléchir, à connecter des éléments, à découvrir au-delà des apparences. Lorsqu’il photographie des praticiens du culte vaudou, chaque sujet filmé est couplé avec un cliché complémentaire consacré à des choses. Ces couples visuels sont alternativement en noir et blanc (les pratiquants) ou en couleurs (les objets utilisés). C’est la connivence entre ‘clergé’ et fidèles qui transparaît. Leurs représentations sont, semble-t-il, dépourvues de tout jugement de la part du bourlingueur. Bien qu’il reconnaisse par ailleurs que « la photographie n’est pas objective […], qu’elle ne transmue pas le plomb en or mais bien la réalité en hymne visuel ».

Au Burkina Faso, ce sont l’empereur et les chefs coutumiers qui posent. Ils sont en majesté en leurs habits solennels. Impressionnant en grand format quasi grandeur nature. Le noir et blanc leur confère une sorte d’hiératisme naturel, fusion entre la fonction politique et leur individualité. En contraste, cette galerie de portraits se complète d’une panoplie d’anciens chasseurs, leur fusil faisant office de sceptre et leur regard de détermination.

Le faiseur d’images intervient de manière plus directe dans certaines séries. Un passage du portrait mène à des scènes plus chargées d’anecdotisme lorsque, au Bénin, il se lance dans une quête d’objets, de lieux, de séquences d’action pour esquisser une approche plus ou moins historique de l’esclavage. Le propos est différent et suppose un commentaire lié aux récits de descendants de victimes de la traite des Noirs. Avec des jeunes confinés au moment de la Covid, après échanges oraux, il adjoint à chaque portrait  le végétal qui, à ses yeux, correspond le mieux à ce qu’il a perçu de leur personnalité. En reporter, il témoigne de la vitalité de jeunes filles congolaises ayant choisi la boxe comme sport.

Parmi cette abondante récolte d’images à travers la planète, le Hutois nous propose encore des masques, des troncs d’arbres dont l’écorce prend des allures de sculptures, des portraits scénographiés plus traditionnels d’artistes belges parmi lesquels on retrouvera les peintres Christian Rolet, Alain Winance, la plasticienne Ann Veronica Janssen ou l’écrivain Georges Thinès…

« Visions – Tout n’est que portrait »Maison de la Culture de Tournai jusqu’au 6 juillet 2024. Infos : +32 (0)69 25 30 80 ou www.maisonculturetournai.com

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