Que va devenir la Patinoire de Liège? En période de crise, sommes-nous encore capables de conserver les formes héritées du passé? C’est un fait avéré, le syndrôme de rasage est une des particularités de l’histoire de la Ville de Liège, son patrimoine en subit les désagréments depuis un certain temps déjà, le vide de la Place St Lambert en est un exemple majeur. Vivrons-nous dans un avenir proche ce même genre de symptôme avec la Patinoire de Coronmeuse, ce vestige de l’ère moderniste ? C’est la question qui taraude pas mal de Liégeois conscients que le moment est particulièrement bien choisi pour faire bouger les lignes de l’indifférence. Conçue en 1939 dans l’esprit de l’époque par Jean Moutschen, cette architecture d’apparence austère, en impose par sa volumétrie. Elle incarne par sa monumentale présence la modernité du XXᵉ siècle. Seulement voila, l’état de délabrement des Finances liégeoises pousse la Ville et les autorités de tutelle à viser la démolition plutôt que la conservation du bâtiment. Des Liégeois se battent pour ne pas que cette situation ne prenne forme. Sous l’impulsion d’Alain De Clerck, un collectif s’est formé: Sauvons la Patinoire. Une petite armada du style lanceur d’alertes est en marche: Un site, une expo qui a réuni huit cent personnes, une pétition de 2000 signatures, des visites guidées..
Dans la continuation de cette bataille médiatique, une conférence sous forme de mise au point s’est tenue dans les bureaux du GAR ce jeudi 19 mars. Alain De Clerk, (artiste) Aloys Beghin (Architecte) et Sébastien Charlier (GAR) se mobilisent pour sensibiliser la presse à ce propos. Une mise au point nécessaire qui recadrait une vision plus adoucie que l’image donnée par une certaine presse locale. Le collectif inévitablement nous pousse à nous interroger en prenant conscience : Sommes-nous encore capables d’habiter les formes héritées du passé, ou devons-nous tout effacer pour des questions de rentabilité budgétaire?
Parmi les repreneurs potentiels, Ethias est au premier rang, idéalement situé à deux pas de la Patinoire son siège accueillerait sa filiale informatique actuellement aux Hauts Sarts, une aubaine pour la Ville qui entrevoit la possibilité de rapatrier dans son giron un millier de travailleurs de NRB. Le projet d’Ethias prévoit de conserver la façade principale en démolissant l’arrière du bâtiment pour y construire une structure de type moderniste qui jouxterait ses bâtiments. Empêtrée dans ses ennuis financiers la Ville voit l’entrée en jeu d’Ethias comme une bouée de secours . A l’heure actuelle « Quatre projets sont à l’étude », ils seront analysés pour le 3 avril prochain. L’ancienne patinoire suscite manifestement de l’intérêt.

Mise au point Par rapport à ce qui a été dit dans la presse
Alain De Clerck: On a souvent lu que le collectif « Sauvons la patinoire » s’opposait à la vente. Ce n’est pas vrai. A aucun moment dans le texte de la pétition, il n’est indiqué qu’on s’oppose à la vente. Et pourtant, dans la presse, on a lu également que nous menions des actions virulentes.
Ca nous a un peu choqué. C’est aussi pour ça qu’on répond. C’est vrai qu’on est motivé par rapport à la sauvegarde du bâtiment, mais jamais avec virulence.
Aloys Beghin, architecte : Le cahier des charges de la Ville n’exclut pas une reconversion du bâtiment mais il ne le valorise pas du tout , on devine qu’ils n’ont pas du tout l’intention ni l’envie de le conserver. Aujourd’hui, la Ville n’est pas capable de mener ce projet. Il y a dix raisons de conserver ce bâtiment, d’ordres très divers. C’est une enveloppe qui est très saine, le bâtiment a été désamianté ce qui permet des programmes multiples. C’est un grand volume… Ca peut générer un projet d’architecture qui est hors du commun, qui est exemplaire.
Conserver un bâtiment, c’est automatiquement lui trouver une adaptation intelligente, viable.
Et donc, on parle bien de reconversion, mais pas de restauration, il s’agit d’adapter le bâtiment par rapport aux besoins d’aujourd’hui, des réalités économiques.
Ce qui est important, c’est conserver l’intégrité du bâtiment. C’est une grande halle entourée de deux ailes, un grand hall d’entrée, un petit hall d’entrée. Et ne conserver qu’une partie, c’est comme si on conserve la porte d’entrée d’une maison classée en disant, on a sauvé les meubles.

Sébastien Charlier: (GAR) Vous signalez que l’on parle tout le temps d’Ethias comme potentiel candidat acheteur du bâtiment. On peut vous dire qu’il n’y a pas qu’Ethias qui est intéressé par l’achat du bâtiment. Il y a trois bureaux wallons qui s’y intéressent. On a souvent entendu le discours «on ne va pas mettre des bureaux dans une grande boîte aveugle». On n’est pas contre une reconversion intelligente qui passe éventuellement par le percement de baies. Quelles sont les qualités des grands bâtiments de l’entre-deux-guerres ? C’est d’abord des questions de volume. Tout simplement.
Les parements en terre cuite, sont super intéressants, mais ils peuvent partiellement sauter pour faire place à des baies. Ce n’est pas grave, du moment que ce soit fait de manière intelligente et qualitative.

Thierry Lechanteur nous offre ci-dessus une image suggestive. Grâce à l’IA aujourd’hui on peut faire revivre les morts, l’idée m’est venue de poser une question à Jean Moutshen (1907-1965) l’architecte bâtisseur.
L.P.: Faut-il sauver ou réactiver la Patinoire?
Jean Moutschen : Je n’ai jamais voulu construire des reliques. Si l’on sauve ce bâtiment pour le figer, le neutraliser alors il vaut mieux le détruire. Mais si on le sauve pour le réactiver, le ré-ouvrir, le risquer à nouveau alors ce combat a du sens. Ne défendez pas ce bâtiment comme on défend une cause. Faites-en un lieu qui oblige les autres à penser. Sinon, vous gagnerez peut-être la bataille, mais vous perdrez l’essentiel. Si vous le sauvez, faites-le vivre autrement — sinon, vous ne faites que prolonger sa disparition. Ce bâtiment n’est pas obsolète — c’est notre regard qui l’est devenu.
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